Retrouver une part de soi dans un horizon bouleversé
Une dame âgée m’a un jour expliqué que lorsqu’elle était enfant, les jouets étaient rares et les distractions exceptionnelles. Alors pour passer le temps elle et ses camarades avaient pris l’habitude de jouer avec le paysage. Ces mots d’apparence si simple m’avaient alors profondément interpellée. Je les ai toujours gardés en mémoire comme un objet que l’on conserve précieusement, tel un trésor, sans bien savoir quoi en faire.
Et puis l’an dernier j’ai entrepris mon premier projet photographique. J’ai commencé mon travail par une traversée de Saint-Martin-Vésubie dans les Alpes-Maritimes, village durement marqué par la tempête Alex en 2020. Je voulais raconter le sentiment de perte que j’avais éprouvé en redécouvrant ces lieux qui m’étaient familiers et qui portent désormais les cicatrices de la tempête. Mais photographier la catastrophe n’est pas chose simple. J’ai très vite compris que je ne pouvais pas m’inscrire dans une démarche documentaire sans prendre le risque de reproduire maladroitement des images d’ores et déjà présentes partout dans nos espaces médiatiques et nos imaginaires. Des images bien plus puissantes que toutes celles que je pourrai produire.
J’ai alors cherché à composer une écriture personnelle, en puisant dans mes propres souvenirs et dans ceux d’inconnus que le hasard a mis entre mes mains. Au fil de mes recherches et tentatives, je me suis orientée vers le film photographique, forme qui m’autorise une plus grande liberté entre récit et images. Jouer avec le paysage est ainsi construit en trois séquences visuelles distinctes liées par une ligne conductrice : explorer cette part de paysage que l’on porte en nous.
Nous pouvons croire le paysage immuable et immobile. Et si sa disparition brutale nous bouleverse, cela révèle peut-être un paradoxe bien humain : notre besoin insatiable de poursuivre les traces de cette liberté́ d’enfant que l’on éprouve au contact de quelque chose de plus grand que nous.
Flavia Amarrurtu – Décembre 2025.